Bonjour à tous,

Voici le quatre-vingtième billet de mon feuilleton
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Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

Pour en finir avec notre déni !

http://andreversaille.blog.lemonde.fr
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À ceux qui prennent ce feuilleton en cours, je les invite à commencer par lire l’Avertissement, puis les deux premiers billets qui les éclaireront sur mon propos :

1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »

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80. Dans plusieurs écoles, des pans entiers de l’enseignement sont refusés par des élèves

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Comme dans mes deux derniers billets, je reviens sur le rapport Obin[1] et sur ce qu’il a révélé.

De même que les auteurs des Territoires perdus de la République [2], le rapport Obin s’alarme de la contestation de plus en plus massive, par des jeunes, pour la plupart musulmans, de pans entiers de l’enseignement.

Les lettres et la philosophie figurent parmi les disciplines les plus discutées. Rejets de certaines œuvres et de leurs auteurs. Les philosophes des Lumières, en particulier Voltaire et Rousseau, et les textes qui soumettent la religion à l’examen de la raison sont rejetés : « Rousseau est contraire à ma religion », explique, par exemple, à son professeur cet élève d’un lycée professionnel en quittant le cours. Molière et en particulier Tartuffe sont également vilipendés : des élèves refusent d’étudier ou de jouer la pièce, et en boycottent ou en perturbent la représentation. Des œuvres sont jugées licencieuses, ou « libertines » (Madame Bovary). Il y a enfin l’opposition à l’enseignement laïc du fait religieux, notamment des textes fondateurs des grandes religions du Livre. Certains élèves (et certaines familles, musulmanes le plus souvent, juives parfois) contestent cette faculté au collège et aux professeurs.

Quant à l’histoire, elle est souvent accusée d’être mensongère et partiale, elle « exprimerait une vision judéo-chrétienne et déformée du monde ». De manière générale, tout ce qui a trait à l’histoire du christianisme, du judaïsme, de la chrétienté ou du peuple juif peut être l’occasion d’incidents. Les exemples abondent, plus ou moins surprenants comme le refus d’étudier l’édification des cathédrales, ou d’ouvrir le livre sur un plan d’église byzantine, ou encore d’admettre l’existence de religions préislamiques en Égypte ou l’origine sumérienne de l’écriture. L’histoire sainte est à tout propos opposée à l’histoire. Cette contestation devient presque la norme et peut se radicaliser ou se politiser dès qu’on aborde des questions plus sensibles, notamment les croisades, le génocide des juifs (« les propos négationnistes sont fréquents »), la guerre d’Algérie, les guerres israélo-arabes et la question palestinienne. Pour ce qui est de la laïcité enseignée en éducation civique, elle est, comme on s’en doute, rejetée comme antireligieuse.

Devant l’abondance des oppositions et la parole débridée des élèves qu’ils ne parviennent pas à maîtriser, des enseignants recourent souvent à l’autocensure. Cette attitude est largement sous-estimée, dit le rapport, car les intéressés n’en parlent qu’avec réticence. Un autre type de réactions consiste à recourir au Coran pour tenter de légitimer l’enseignement. Ainsi ce professeur « qui déclare en toute candeur s’appuyer sur les élèves inscrits à l’école coranique (“mes bons elèves”, dit-il), garants de l’orthodoxie musulmane, afin d’invalider les contestations venant d’autres élèves. Le comble est sans doute atteint avec ce professeur enseignant avec le Coran sur son bureau (édition bilingue, car certains élèves n’ont foi qu’en la version arabe, langue qu’il ne lit pas !), et qui y recourt dès que des contestations se manifestent. » On peut alors parler d’une « véritable théologisation de la pédagogie ».

Comme l’histoire, l’enseignement des sciences de la vie et de la terre (STV) est refusé au nom d’une lecture littérale de la Bible ou du Coran. En gros, pour ces élèves, la Genèse est un document historique et Darwin un imposteur. D’abondants documents et témoignages montrent que ces élèves sont prisonniers « de discours convergents de prédicateurs, de ministres du culte ou de “grands frères” affirmant que cet enseignement n’est que mensonge ».

On comprend qu’il est difficile, dans cette situation, de défendre un enseignement rationnel. Alors, certains jeunes enseignants ont déclaré « promouvoir ou se réfugier dans un relativisme qui leur paraît juste, ou simplement efficace puisqu’il semble satisfaire les élèves, en présentant la science comme “une hypothèse parmi d’autres”, celle de l’école, ou du professeur, face à celle de la religion, ou des élèves  ». Entre Adam et Darwin, à chacun de choisir en quelque sorte… « Cette dérive n’est pas sans rappeler celle qui, par ailleurs, présente la laïcité comme une option spirituelle parmi d’autres. »

Et le rapport de conclure : « Tout laisse à penser que dans certains quartiers les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs leur proposent, qui doit d’abord être un objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette ; et qu’ils sont engagés à trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses du halal (autorisé) et du haram (interdit). »

Lors des sorties scolaires, beaucoup de professeurs se trouvent fréquemment face à la contestation de l’objet de la visite : musée, lieu de mémoire et surtout édifice religieux. De plus en plus d’élèves de culture musulmane refusent de visiter et d’étudier les œuvres architecturales du patrimoine, cathédrales, églises, monastères, dès lors que ces bâtiments ont ou ont eu une fonction religieuse. Très peu d’enseignants semblent leur opposer l’idée qu’à l’enseignement qu’ils dispensent, ces visites sont obligatoires, obligation qui, de surcroît, garantit l’égalité de traitement entre les élèves. De même, peu arguent de la nature culturelle et non cultuelle des édifices religieux. Et donc beaucoup de professeurs transigent, soit en n’emmenant que des élèves volontaires, soit en laissant à l’extérieur les élèves qui ne souhaitent pas entrer, ce qui pose des problèmes de surveillance et de responsabilité. D’autres enseignants renoncent à toute visite d’un édifice religieux. « Enfin un grand nombre tentent de convaincre les élèves que leur reli- gion ne leur interdit nullement de telles visites. Ils se font alors, souvent textes religieux à l’appui, les interprètes des prescriptions religieuses, ou bien sollicitent l’avis écrit d’une autorité religieuse locale […], ou même l’invitent à convaincre directement les élèves. Des chefs d’établissement confortent, voire prennent l’initiative de ces démarches. »

Inévitablement, « la confusion sur le caractère laïque de l’enseignement et de l’action des enseignants, loin d’être dissipée, est alors poussée à son comble »…

Mercredi prochain, je vous entretiendrai du refus de la mixité et du sexisme dans certaines cités.

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Mercredi 10 janvier : Dans plusieurs écoles, des pans entiers de l’enseignement sont refusés par des élèves

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[1] Rapport Obin, Les Signes et Manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Rapport à Monsieur le ministre de l ’Éducation nationale, de l ’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le rapport a été publié, accompagné de commentaires de vingt auteurs, journalistes, directeurs d’école, enseignants, sous le titre : L’École face à l’obscurantisme religieux, Max Milo, 2014.

[2] Emmanuel Brenner (s.d.), Les Territoires perdus de la République, Paris, Mille et une nuit, 2002.

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Rappel des précédents billets :

1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »
3. Dieu que l’émancipation était belle au temps des colonies !
4. De la gueule de bois des décolonisés
5. De la dictature sans faille : une nécessité patriotique
6. De la guerre d’Algérie, à l’origine de notre engagement tiers-mondiste
7.Du facteur religieux du FNL, une ignorance du monde intellectuel progressiste
8. Démocratie ! Laïcité ! Des discours à l’usage des Occidentaux
9. « Personne ne voulait savoir la torture et l’absence totale de démocratie »
10. De notre posture de dominants repentis
11. De l’esclavage condamné ou ignoré selon l’identité des esclavagistes
12. De la colonisation arabe-musulmane, un fait historique mal connu en Occident
13. Un syndrome colonial ?
14. Du retour inattendu de la tyrannie religieuse
15. Sommes-nous en guerre contre le terrorisme islamiste ?.
16. Si nous sommes en guerre, est-elle de religion ?
17. De l’illusion de croire que l’on choisit ses ennemis
18. Allahuakbar Charlie !
19. Une manifestation pétainiste ?
20. Je suis Charlie versus Je ne suis pas Charlie
21. De l’héritage de Voltaire et de ce que nous n’en avons pas fait
22. De la religion utilisée comme idéologie
23. « Mais d’abord, écrasez l’Infâme ! »
24. D’une scolastique, l’autre, en sautant par-dessus les Lumières
25. De Sartre à Badiou, l’émergence d’une scolastique new look ?
26. De la Révolution, sainte, libératrice et purificatrice
27. Retour à notre événement fondateur, la Révolution soviétique
28. De ces étranges procès en sorcellerie
29. D’un livre coup de tonnerre
30. De cette invention de la CIA : les camps de concentration soviétiques
31. De Simone de Beauvoir et de sa justification de la violence révolutionnaire
32. De la Terreur rouge employée comme arme contre une classe vouée à périr et qui ne s’y résigne pas
33. Du procès Kravchenko
34. Des intellectuels ralliés au PCF et de l’importance de ne pas désespérer Billancourt
35. De Sartre et du rapport attribué au camarade Khrouchtchev
36. De l’arrivée de Soljenitsyne, son Archipel du Goulag sous le bras
37. Du rejet de Staline de la glorification de Mao
38. De l’intelligentsia parisienne conquise pas les maos
39. D’un remake : après Staline, Mao
40. De Sollers et des telqueliens patinant joyeusement entre contestation maoïste et mondanités structuralistes
41. Des Habits neufs du président Mao
42. Du terrorisme tenu pour une réaction d’opprimés
43. Du sentiment de l’humiliation et de l’auto-victimisation
44. Du monde islamique vu comme un gigantesque Clichy-sous-Bois
45. De la conviction que les islamistes finiront par nous rejoindre
46. De l’islamisme mouvement idéologique souverain de restauration
47. Le djihadisme, fruit de l’islam : le témoignage par l’histoire du wahhabisme
48. L’islamisme, résultante de l’échec de la décolonisation et du nationalisme nassérien
49. La démocratie dans le monde musulman
50. Notre mantra : « Attention, islamophobie ! »
51. Le terme d’islamophobie son origine et son instrumentalisation
52. La lutte contre l’islamophobie, une stratégie mondiale
53. Les ravages provoqués par l’application d’une loi anti-blasphème
54. Le multiculturalisme, fruit d’un tiers-mondisme dévoyé ?
55. Les coquetteries poétiques d’un haut-fonctionnaire multiculturaliste
56. Quand Kamel Daoud est accusé d’islamophobie
57. Le viol et le déshonneur de certains sociologues « progressistes ».
58. « Le culturalisme est l’arme des terroristes ! »
59. Le racisme, le pire des maux ?
60. Cet étrange antiracisme nouvelle mode
61. La laïcité battue en brèche par l’antiracisme..
62. Les droits de l’homme en terre d’islam
63. Edwy Plenel en Brigitte Bardot
64. Tout pour les musulmans, rien par les musulmans ?
65. L’islamisme, un problème en France ou dans le monde ?
66. L’Islamisme rien à voir avec l’islam ?
67. « L’assimilation est une injonction terrifiante ! »
68. Du passé faisons table rase, et en avant pour la grande lessive….
69. L’UE, victime de l’absence de tout « roman européen » ?
70. Vers une culture rikiki ?
71. Vers une culture rikiki ? (Suite)
72. Tariq Ramadan stratège : « Il faut intérioriser la sensibilité des musulmans de France ! »
73. Tariq Ramadan : « Les droits du croyant opposés aux droits humains ? »
74. D’un sacré, l’autre
75. Le communautarisme, effet du multiculturalisme.
76. Une société d’accueil excluante et raciste ?
77. Un réseau de prédateurs sexuels pakistanais, connu des services de police, laissé libre d’agir par peur d’être considérés comme islamophobes.
78. Une dissonance identitaire traduite en contestation violente
79. L’École face à l’obscurantisme religieux : ce que révèle le Rapport Obin
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Merci pour vos lectures, et surtout n’hésitez pas à laisser vos commentaires, vos critiques ou témoignages sur la page même des billets afin de susciter le débat !
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André Versaille

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